Chapitre 2
“ Non ! Non et encore non ! ”
Jim se tenait droit comme un piquet en face de son supérieur, les yeux rivés sur un point invisible du mur. Il aurait prit un malin plaisir à écraser son poing sur cet abruti lâche et fourbe mais savait que ce n´était pas la meilleure solution, du moins, pas dans l´immédiat.
“ Nous nous tenons au règlement, nous attendons les instructions de l´état major, pas d´actions stupides en attendant. ”
Ce branleur souillait encore ses couches que le soldat entrait dans l´armée. Aux yeux de Jim ce n´était qu´un petit con d´avantage préoccupé à protéger son cul qu´à faire son devoir de militaire. En quinze ans de service jamais il n´avait affronté directement des soldats du Nod, seul des pauvres types de la zone jaune tellement désespéré qu´ils se jetaient sur le GDI avec un vulgaire pistolet à grenaille ou une ceinture d´explosifs, rien de bien méchant en somme.
Seulement les choses avaient changées, des soldats avaient anéantit un véhicule blindé à l´aide d´un lance roquette et tué du même coup trois hommes, laissant derrière eux une marque sanglante. Le signe peint sur le mur délabré ne quittait plus l´esprit de Jim, des émotions contradictoires se mêlaient en lui, il voyait venir une nouvelle aventure mais craignait de faillir, une merveilleuse sensation d´excitation envahissait son corps mais un obstacle de taille s´opposait à lui, le supérieur portait sur un regard flamboyant de colère. Loin d´effrayer Jim, cette haine le remplissait de fierté, contrairement à cette fiotte il en avait dans le slip.
Après sa terrible découverte il avait regagné sa base sans rencontrer d´ennemi et s´était empressé d´alerter l´ensemble de ses camarades d´armes. La majorité d´entre eux connaissaient la confrérie et les craignaient. Ils ne cachaient pas leur désarroi face à la mort des trois soldats mais ne pouvaient que soutenir Jim, on ne pouvait pas prendre la réapparition de la marque à la légère. S´il avait eu le contrôle de cette base les titans auraient pris l´air et fait un peu de ménage or il n´avait pas ce pouvoir de décision.
“ Rompez soldat, et veuillez cesser vos manigances ! ”
Jim salua brièvement son supérieur et quitta le bureau en claquant violemment la porte. Il traversa plusieurs couloirs et pénétra dans la salle commune où de nombreux soldats semblaient plongés dans une discussion passionnée. Le silence tomba brutalement lorsqu´ils aperçurent le vétéran.
“ Alors ? ” lança simplement l´un d´entre eux.
“ Que dalle, cet enfoiré attends que ça se passe pendant que nous on ronge notre frein.
- Et pas la peine d´espérer de l´aide de la part de l´état major, à croire qu´ils ont oublié qu´on existe. ”
Jim grimaça, il préférait ne pas y songer, cela voudrait dire abandonner tout espoir de quitter ce trou perdu.
“ Comment va Scott ? ” demanda-t-il dans l´espoir de détourner la conversation.
“ Bien, il se repose dans l´infirmerie. ” marmonna un soldat au visage marqué par l´épuisement.
Jim acquiesça d´un bref mouvement de tête et décida de les laisser poursuivre leurs commérages. Il rejoignit en quelques secondes son ami dans une pièce faiblement éclairé. Une voix fatiguée s´éleva dans la pénombre.
“ Qui a gagné ? ”
Le soldat pouffa, amusé par le ton moqueur et étira sa bouche en un sourire désolé.
“ Ca sera pas cette fois que le légendaire Jim vaincra l´oppresseur.
- Merde je croirais entendre un putain de littéraire, tu me déçois je pensais que t´allais lui péter une ou deux dents, histoire de.
- Et me retrouver au trou ? Tu rêves. ”
Scott éclata d´un rire tonitruant et ferma les yeux, plongés dans ses propres pensées.
- Parce que tu crois qu´ici c´est le paradis ?
- Non sinon je serais entouré de jeunes belles femmes et pas d´un ours infâme qui se prétend être bel homme.
- Trêve de plaisanterie enfoiré, ça s´annonce comment ? ”
Jim soupira, déçu d´abandonner cette joute orale qui parvenait à dissiper l´image du scorpion.
“ Mal, l´état major se rassemble à Philadelphia et ça m´étonnerait qu´ils parlent de nous. ”
Scott offrit une tape amicale à son camarade et sourit malgré la souffrance de sa blessure.
“ Ne t´en fait pas, on finira bien par partir d´ici, d´une manière ou d´une autre. ”
Le soldat sourit à son tour, même s´il ne partageait pas l´optimisme de son ami.
“ Allez rétablit toi bien feignasse. ”
Jim quitta l´infirmerie et s´arma d´un épais manteau pour affronter les difficiles conditions climatiques. Il alluma une cigarette d´un geste expert et tira longuement dessus, le regard tourné vers le ciel nuageux. Jamais il ne retrouverait sa place au sein de l´armée, jamais… Ce mot l´effrayait mais ce vétéran ne regrettait pas ses erreurs, bien au contraire, il avait fait le bon choix.
Réconforté par cette idée et cette fierté inébranlable il put penser plus librement, se tourner vers l´avenir. Peut être que l´incident de la veille n´était qu´un acte isolé, que ces types voulaient jouer les gros durs mais n´étaient pas plus membres du Nod que lui. Un simple incident sans lendemain…
Mais si ces soldats agissaient sous l´ordre d´un commandement organisé ? Et si la confrérie renaissait de ses cendres ? Kane était mort et jamais personne ne pourrait le remplacer mais son ombre planait toujours sur ce monde anéantit par le Tiberium, le scorpion avait sa place sur cette planète, autant que l´aigle.
Inconsciemment Jim se prit à espérer que la deuxième hypothèse soit la bonne, une guerre engendrerait d´innombrables morts mais après tout, le monde n´avait-il pas besoin de changer ? Et si…
“ Jim ! ”
Le soldat se retourna et s´apprêta à rabrouer le soldat qui avait osé perturber ses réflexions mais abandonna immédiatement cette idée, même après une terrible défaite au poker on ne tremble pas comme une feuille et on n´a pas le teint cireux.
Le vétéran s´engouffra à sa suite dans la caserne, une dizaine de soldats regardaient la télévision, visiblement catastrophés. Jim sentit soudain son moral vaciller, que c´était-il passé ? Il envisagea un instant de rester debout mais dut s´asseoir, de peur de chuter sous le choc. Jim secoua la tête, incapable de croire ce qu´il voyait.
Un hoquet de surprise s´échappa de sa gorge, le Philadelphia n´existait plus, anéantit par un missile nucléaire. Les même images repassaient en boucle, plus terrifiantes à chaque fois, les flammes dévoraient la station spatiale avant de disparaître pour le détruire à nouveau. Plusieurs hommes firent un pas en arrière, craignant que l´explosion ne s´échappe du poste pour les tuer eux aussi.
Le Philadelphia disparut définitivement pour laisser place à des images de chaos dans plusieurs grandes villes américaines. Des bombardiers portant la marque rouge du Nod déversaient des tonnes de bombe, les immeubles s´effondraient, des cris de désespoir fusaient.
Jim détourna le regard un instant, incapable d´en supporter d´avantage. Une voix étrangement familière retentit, le vétéran fit de nouveau face à l´écran, mû par une curiosité indomptable. Un homme au crane chauve et à la barbe soigneusement taillé parlait, pourtant, ses mots n´avaient pas de sens pour les soldats, la simple vision de Kane accaparait toutes leurs capacités mentales.
“ C´est… c´est une rediffusion ça nan ? ” marmonna un soldat dans un vœu illusoire.
Le moral des militaires s´effondra lorsque le messie cita la destruction du Philadelphia, ils assistaient en direct au discours du dirigeant fanatique, sous leurs yeux la troisième guerre du Tiberium venait de commencer.