Après de longs mois d'absence, voici le chapitre 13 :
Le soleil se levait, ou peut être se couchait-il ? Dans ces terres de mort le temps lui-même ne semblait plus avoir de sens, ne semblait plus exister. La base nébuleuse du Nod vivait au rythme de la nuit, les soldats travaillaient sans relâche à la construction de l´avant poste, poussés par leur foi en Kane, poussés par leur peur de Zephyr.
L´émissaire du messie s´observait dans un miroir d´argent, profitant sans vergogne de sa spacieuse chambre de commandant, sans la moindre pensée pour les hommes entassés dans de lugubres tentes. Il recouvrit son visage d´une mousse blanchâtre et détailla brièvement le tranchant de sa lame, les sens aux aguets.
A travers les fines parois d´acier il pouvait entendre le doux bruit des machines érigeant les structures rouge sang du Nod. Ce son mécanique évoquait en lui l´ouverture d´un concerto, le prémisse d´une œuvre bien plus importante, plus spectaculaire. Bientôt les obélisques entreront dans la danse de leur éclat sinistre, les missiles de Kane s´abattront sur le GDI et le monde n´aura plus d´autre choix que de suivre le chant du scorpion ou de se taire à jamais.
Zephyr sourit à la pensée de cet âge d´or qui ne tarderait pas à naître lorsqu´une explosion retentit, sa lame dérapa, une larme de sang s´écoula le long de son visage et vint s´écraser sur le sol rocailleux dans un bruit mat.
Il quitta ses quartiers en quelques pas énervés et se retrouva dehors en compagnie d´une foule de soldats prêts au combat, jetant de fréquents regards inquiets tout autour d´eux dans la crainte que l´Aigle ne s´abatte sur eux.
“ C´est quoi ce bordel ? ” lança l´homme avec autorité à l´un des officiers regroupés autour de lui.
“ Comme vous l´avez demandé deux soldats sont partis au cœur de Hammerfest adresser un message au GDI mon commandant. ”
Zephyr poussa un juron et songea durant un bref instant à punir cet effronté pour sa bêtise mais se contenta de serrer le poing dans un geste rageur.
L´explosion était si puissante que l´infanterie déployée avait certainement due s´attaquer directement au GDI, détruire l´un de leurs véhicules ou pire, viser leur base.
Il savait d´expérience que les défenseurs de la zone bleue, convaincu de leur puissance suprême, étaient prompts à réagir et à envoyer toutes leurs forces mener la chasse contre les terroristes.
Hormis quelques canons lasers, le Nod se trouvait sans défense, caché au pied d´une obélisque qui ne brillerait pas avant plusieurs heures. Si la base de Hammerfest se réveillait et envoyait ses Titans, ils n´auraient pas la moindre chance face à ces machines désuètes mais ô combien efficaces dans les terrains accidentés de la zone jaune, ils devraient mourir, ou pire, fuir.
“ Ces abrutis… il fallait montrer que le Nod était toujours présent, par leur déclarer la guerre.
- Ils seront sévèrement corrigés pour leur faute mon commandant. ” répondit l´officier, raid comme un piquet.
“ Ton boulot c´est de transmettre les ordres et m´obéir sans poser de question, il m´appartient à moi et à moi seul de châtier ceux qui n´honorent pas le messie.
Restez sur vos gardes et dès que ces enfoirés seront de retour, envoyez-les moi. ” décréta le commandant avant de s´éloigner sous le regard dépité de l´officier.
Une heure s´était écoulée, une heure durant laquelle Zephyr n´avait cessé d´astiquer son pistolet avec la maîtrise d´un artiste, la patience d´un orfèvre. Une heure durant laquelle la panique et la colère avaient menacées de l´envahir, de le rendre fou.
Il vérifiait une dernière fois la propreté impeccable de son arme et visait un point invisible du mur, sans prêter attention aux deux hommes assis en face de lui.
Tout deux mourraient de peur mais tentaient en vain de dissimuler leur trouble. Ils n´avaient pas la moindre idée de ce qui pouvait bien les amener ici mais avait au moins une certitude, ils n´allaient pas être félicité par leur chef.
Sous le commandement de Zephyr on ne montait ni ne descendait en grade, l´indifférence attendait les victorieux tandis que la mort emportait ceux qui échouaient.
“ Qu´avez-vous fait ? ” lança l´homme d´un ton neutre.
Les deux soldats se dévisagèrent brièvement, ne sachant que répondre à cette question qui pouvait tout aussi bien être un reproche. Zephyr chargea son pistolet dans un bruit sinistre et se tourna vers eux.
“ Répondez moi où je vais être contraint de m´assurer que cette arme est aussi efficace qu´elle semble l´être. ” marmonna-t-il d´une voix cruelle.
“ Nous devions adresser un message au GDI mon commandant, nous nous sommes cachés dans un immeuble pour les attendre et quand on a vu un VTB arriver on leur a envoyé une roquette et on a peint un scorpion rouge sur un mur. ” expliqua précipitamment l´un des soldats comme si le temps lui était compté.
Son compagnon approuva par quelques hochements de tête sous le regard méprisant de Zephyr. Le commandant plongea une main dans sa poche et en sortit une photo qu´il balança sur la table, le visage de Jim Rith apparu à la lueur de la lumière.
“ Vous souvenez vous ce que je vous ai dit à propos de cet homme ?
- Oui mon commandant ! C´est l´un des combattant du GDI qui se cache dans la base de Hammerfest.
- Est-ce la seule chose que je vous ai dite à son sujet ? ” continua Zephyr avec lassitude.
Soudainement le visage du soldat s´affaissa, il prenait peu à peu conscience de son erreur et observait le pistolet posé devant lui avec une crainte décuplée.
“ Nous ne devons pas le tuer. ”
Le commandant acquiesça brièvement, sans quitter des yeux le silencieux qu´il vissait précautionneusement à son arme.
“ Ce qui justifie certainement l´usage d´un lance roquette, quelques coups de semonces auraient été bien trop peu pour des durs comme vous. ” ajouta-t-il, glacial.
“ Mais…
- Qui a tiré ?
- Quoi ? ” s´exclama l´un des soldats, tenu en joue par le pistolet de Zephyr.
“ C´est très simple, l´enfoiré qui a tiré va se prendre une balle à l´instant où son camarade l´aura balancé.
- Mais…
- Trop tard. ”
Deux coups retentirent, deux corps s´affaissèrent sur le sol. Zephyr souffla sur le canon de son arme et se leva, sans un regard pour les deux cadavres.
Il quitta ses quartiers et rejoignit la caserne où se rassemblaient tous les soldats, réunit autour d´un téléviseur qui relatait des informations sans importance.
L´image se brouilla, le visage du présentateur disparu, laissant place à une vision d´apocalypse, Philadelphia disparaissait, engloutie par la fureur de Kane.
En un instant la pièce explosa dans un éclat d´applaudissement et de hurlements de joie. Seul un homme restait impassible devant l´éclatante victoire du Messie, les flammes brillaient dans les yeux de Zephyr en reflet à son propre fanatisme, la capture de sa proie promettait d´être bien plus difficile que prévue.