Chapitre 2: Sous un ciel de guerre
“Sept fois à terre, huit fois debout”
Les ruines de son ancienne base d'opération se dressaient devant ses yeux plissés par le vent puissant. Tout autour de lui lui rappelait l'enfer lors de cette offensive qui avait balayé ses troupes.
La guerre avait dégénéré. L'alliance entre les forces alliées et l'Union soviétique n'a pas survécue.
Après l'utilisation de la bombe à implosion à Okhotsk, les dirigeants alliés décidèrent de débuter des négociations avec les Soviétiques afin d'écraser l'Empire.
Une fois ceci fait, le conflit avait repris entraînant la chute de l'URSS...
Il regardait autour de lui. Les cratères, les impacts encore visibles dans les murs témoins de l'âpreté d'une bataille encore récente.
Il avança lentement à travers les carcasses de blindés et les restes des strucures impériales, se souvenant à chaque pas des détails qui avaient entraîner sa défaite. Au sol gisait un mat brisé, ce même mat qui faisait flotter le drapeau impérial pendant la bataille...
- Tenez vos positions ! Hurla Kubayashi pour couvrir le bruit du combat.
Les soldats tout autour de lui combattaient avec énergie et fureur. L'assaut de l'alliance entre les Alliés et les Soviétiques leur était tombé dessus aussi subitement que l'ondée rageuse d'un automne trop agressif. L'immense base du lieutenant impérial était attaquée de tous les côtés, à tel point que les tours de défense tiraient à en surchauffer.
Lui et ses hommes avaient tenu le périmètre pendant plusieurs jours, repoussant avec volonté la déferlante des envahisseurs occidentaux. En réalité ces jours de défense n'étaient que le temps nécessaire à la marine russe pour arriver à portée de la base impériale.
La marine de l'Empire était à ce moment occupée à Okinawa à lutter contre une force d'invasion alliée et ne pouvait soutenir le siège dont étaient victimes Kubayashi et ses troupes.
Lorsque les Dreadnoughts soviétiques avaient ouvert le feu ce ne fut pas un combat mais un carnage. Les averses de V4 éventrèrent les murs d'enceinte de l'installation impériale et explosèrent nombre de réacteurs énergétiques, coupant l'alimentation, mettant hors service les structures défensives.
Dès lors, les combattants impériaux furent obligés de se replier à l'intérieur du camp afin de contenir l'assaut. Ils savaient tous à ce moment qu'il n'y aurait pas moyen de sortir de ce piège étant donné qu'aucun renfort ne pourrait leur être envoyé.
Kubayashi avait déployé ses soldats de façon à couvrir toutes les zones où l'ennemi serait susceptible de pénétrer...
Il continua de marcher, la tête lourde de souvenirs, balayant du regard les vestiges de son ancien poste. Cette base dont il était si fier, dont il avait pris tant de plaisir à diriger avait finie par céder...
Il s'arrêta et posa ses yeux tristes sur ce qui avait été son usine d'armement et se souvint de l'enfer lors de sa destruction...
Un sifflement strident se fit entendre à nouveau, comme pour annoncer l'arrivée d'un funeste destin. L'infernal missile soviétique percuta l'usine d'armement dans une déflagration tonitruante. Une partie de la structure vola en éclats, engloutie par les flammes.
- Bombardement ! Hurlait Kubayashi tout en mitraillant en direction de l'ouverture frontale de la base.
Il n'eut pas le temps d'ordonner une mise à couvert qu'un second missile s'écrasa sur l'usine. Un mur céda et la structure commença à s'effondrer sur elle-même.
Un troisième tir arriva mais explosa à mi-parcours et largua des dizaines d'éclat sur et autour de l'usine. Cette dernière explosa sous les multiples impacts de l'ogive à fragmentation projetant des débris alentour, qui se mêlèrent aux projectiles augmentant l'intensité de la pluie meurtrière qui s'abattait sur les forces japonaises.
Kubayashi vit le soldat qui se tenait à ses côtés prendre un éclat en plein visage et s'effondra terrassé dans une marre de sang.
Les souvenirs de la bataille lui martelait la tête depuis qu'il avait été rapatrié à Tokyo. Il aurait voulu mourir sur le champ de bataille, comme tout soldat impérial se devait de le faire. Comment avait-il survécu ? Il ne se le rappelait plus, seul comptait le fait qu'il soit aujourd'hui toujours en vie.
Ses pas lourds le conduisirent dans l'enceinte même de la base. Il revit la barricade, ce lieu où lui et ses derniers hommes avaient tenu un dernier carré. Il tomba à genoux et fouilla dans sa veste. Il étendit devant lui le drapeau de l'Empire, à même le sol et le fixa à l'aide d'une pierre lourde se trouvant juste à côté. Il se prosterna devant le drapeau sur lequel était écrit “ Sept fois à terre, huit fois debout”, un ancien proverbe japonais.
- En l'honneur de tous les fils de l'Empereur tombés ici. Murmura-t-il.
Il se releva et s'inclina une nouvelle fois. Ses pensées le submergèrent une nouvelle fois...
- Tenez votre positions soldats ! Hurlait le lieutenant impérial
Ils n'étaient plus guère qu'une quinzaine au centre de ce qui avait été leur base militaire, positionnés en cercle et arrosant avec furie tout ce qui s'approchait. Les soldats alliés et les conscrits sovétiques n'avançaient plus et restaient dissimulés derrières les ruines afin de ne pas prendre un tir.
- Ces lâches n'osent plus avancer ! Hurla Kubayashi, tentant de conserver l'attention de ses hommes . Même à ce point de la bataille ils continuent de nous redouter soldats !
- Mon lieutenant regardez !
Kubayashi regarda dans la direction indiqué par son soldat et vit un char de l'apocalypse avancer ,imperturbable, dans leur direction accompagné par une dizaine de scaphandrier Tesla.
Le jeune lieutenant compris que leur armes à feu ne pourraient jamais rien faire ne serait-ce que contre les Tesla. Il n'eut pas à réfléchir car un de ses soldats avait déjà compris et prit les devants. Ce dernier lâcha son arme et dégaina son sabre avec une lueur de haine sans fin dans les yeux. Il regarda Kubayashi dans les yeux, lequel lui fit signe d'un léger hochement de tête en équipant son propre katana.
Tous les soldats autour de lui firent de même et empoignèrent leur sabre. Les hommes se regardèrent une dernière fois et se saluèrent...puis ils bondirent à l'extérieur de leur barricade.
- Banzai ! Hurlaient-ils en choeur tout en chargeant le char et les soldats électriques de l'Union.
La mastodonte d'acier ouvrit le feu et tua cinq guerrier en une fois mais cela ne freina pas un instant les survivants. Le temps de rechargement du char était long, il fallait en profiter. Les soldats Tesla chargèrent leurs armes mais n'eurent pas tous les temps de tirer avant que l'ennemi ne soit sur eux. Les sabres d'énergie transperçaient les scaphandres comme du beurre, éviscérant les soldats soviétiques. Hélas ce fut à ce moment que les troupes régulières, à couvert, refirent surface et ouvrirent le feu sur les guerriers impériaux...
Un bruit de pas légers tira Kubayashi de ses pensées. Il redressa la tête et patienta. Une main fine se posa sur son épaule gauche et sans se retourner il commença, d'une voix calme:
- Que faites-vous ici caporal ?
- Votre absence est remarquée à Tokyo, monsieur. Nous avons besoin de vous en ces jours sombres.
- Est-ce pour cela que l'on me laisse vivre dans la honte ? Est-ce pour cela que l'on m'interdit de mettre un terme à tout cela ?
- Vous n'êtes pas déshonoré monsieur...Notre patrie a besoin de vous. L'amiral Rouzov, le général Darkhand ont besoin de votre présence également...
- Pourquoi ? Questionna tristement Kubayashi, en réalisant que sa question était stupide.
- L'Empire se remet difficilement de son humiliation, notre peuple crie vengeance et Sa Majesté à besoin de chefs militaires compétents. Les Combattants de l'Aube ne sont pas morts, lieutenant.
- Avez-vous...avez-vous eus des nouvelles ?
Noriko baissa les yeux et contint une montée de larmes.
- Non. Beaucoup pensent qu'ils sont morts lors de l'attaque de la base navale.
- Et vous, caporal ? Y croyez-vous ?
- Non. répondit Noriko avec assurance en retirant sa main de l'épaule du lieutenant. Les recherches n'ont rien donné, mais je pense que certains lieux ont été oubliés ! Hélas l'Empire n'a pas le temps de partir pour de nouvelles expéditions.
Noriko et Kubayashi se regardèrent, la même tristesse à peine dissimulée dans les yeux. L'avenir se présentait des plus sombres.
Au même moment. Tokyo, quartier général des Combattants de l'Aube.
La grande salle de transmission était beaucoup plus calme depuis la récente fin de la guerre. Les visages étaient sombres et les voix discrètes comme pour étouffer une douleur.
Le personnel n'avait plus autant de travail ici qu'avant, et beaucoup avait été mobilisé pour reconstruire ou pour suivre un entraînement militaire, cependant il fallait continuer à assurer un minimum de service et d'entretien.
Et justement quelque chose se produisit. Un écran radar relié à un satellite impérial au-dessus du pacifique, non loin d'Hawaï se mit à crépiter.
- Hé ! On reçoit quelque chose ici ! Cria un technicien.
- Qu'est-ce que c'est ? Demandèrent en choeur ses collègues qui s'étaient réunis autour de lui
- On dirait...c'est un dégagement d'énergie sur une base abandonnée suite à l'attaque alliée.
Un flot de données apparues sur l'écran, on pouvait également voir des photos satellites d'une installation impériale qui reprenait vie. Les structures étaient se retapaient et les réacteurs commençaient à se remettre en activité.
Un autre écran dans la salle se mit à crépiter et une petite alarme légère se mit à sonner.
- On a une communication entrante ! Clama un jeune ingénieur
Il se précipita devant la console et activa le système de liaison. L'informatique voix féminin de mit en route.
Communication entrante notée. Source: base Tojo. Situation: océan pacifique. Code de transmission en cours de réception. Traitement des données...
- Qu'est-ce que c'est que cet attroupement ? Beugla un officier qui venait d'entrer dans la pièce
Un technicien s'empressa de venir le saluer. Il s'inclina et commença:
- Nous sommes en train de recevoir une transmission inconnue depuis une ancienne base près d'Hawaï !
- Vous êtes sûr ? Demanda l'officier, les yeux soudain intéressés
Oui monsieur.
- Montrez-moi ça tout de suite !
Les deux hommes s'approchèrent de l'écran. La voix continuait de parler de son ton monotone.
- Analyse terminée. Code entré: 1445 6A- 77
- Ce code...Par l'Empereur je sais à qui il appartient ! S'exclama l'officier.
- Communication entrante. Recevoir ?
L'officier s'empressa de prendre la place de l'ingénieur devant l'écran et accepta la transmission. Une image sombre s'afficha sur le poste et un sons grésillant se fit entendre.
- Filtrage en cours. Continua la voix mécanique.
L'image commença à s'éclairer sans être nette. L'officier devant l'écran se saisit d'un casque et l'enfila puis régla le son pour le rendre compréhensible.
- Ici le général Darkhand à Tokyo, identifiez-vous immédiatement.
Les techniciens qui entouraient le général restaient suspendus à ses lèvres, tentant d'entendre ce qui se disait dans le casque, en vain. L'image crépita puis disparue.
- Communication interrompue. Expliqua la voix de l'ordinateur.
Le général retira le casque et le déposa devant lui, sur le bureau blanc. Il se leva l'air grave et fixa l'emblème de l'Empire sur le mur devant lui, lequel surplombait celui des Combattants de l'Aube.
- Mon général ? Que se passe-t-il ? Demanda une jeune femme, un peu inquiète.
Darkhand se tourna et regarda la technicienne puis reposa son regard sur l'impérial symbole.
- Il est en vie...et il nous revient !