"Tirer le sabre une nouvelle fois"
Quelques heures plus tard
Rage se posa dos au mur; enfin il avait réussi à rebrancher l'alimentation de ce qui restait de cette base. Il avait contacté son quartier général, il ne lui restait plus qu'à attendre.
Il massa sa tempe et se mit à réfléchir. Depuis combien de temps était-il enfermé ici ? Une semaine ? Peut-être plus, peut-etre moins...Heureusement il avait trouvé de quoi se nourrir et boire dans cet enchevêtrement d'acier.
Il était seul, seul et fatigué. Il avait eu froid pendant de longs moments, ses vêtements trempés par l'océan l'avaient glacé jusqu'aux os, mais maintenant grâce à l'activation de la base, le système de chauffage était opérationnel.
- Il vaudrait mieux qu'on se dépêche de me rapatrier avant que d'autres ne découvre la soudaine mise en service de cette installation...
Il éternua violemment, se cognant la tête dans le murderrière lui. Il regarda une nouvelle fois la pièce dans laquelle il se trouvait. C'était une chance qu'elle soit encore debout suite à la violente attaque que l'installation avait subit.
- L'attaque...marmonna-t-il en serrant les poings. Cette guerre nous a tous coûté très cher...
Il baissa ses yeux clos, lesquels commençaient à se noyer dans une crise de larmes.
- Taka a été tuée à Okhotsk...Natalya n'a pas survécu à ses blessures et...et cette offensive ici m'a enlevé Sarah !
Il frappa avec fureur le sol grisâtre et poussiéreux, évacuant toutes les larmes de son corps.
- Est-ce ma punition pour ce que j'ai fais ? Hurla-t-il.
Le radar se mit à scintiller en émettant un petit “bip” de façon régulière: d'après le profil, un transport approchait.
Le fulguro-transporteur fonçait au-dessus des flots en direction de l'ancienne installation maritime impériale. A son bord, une escorte de Guerriers accompagnait Noriko et Kubayashi, lesquels avaient été choisis pour retrouver leur général.
- Espérons qu'il soit toujours en vie. Soupira Noriko, tentant de cacher son envie de revoir Rage sous un sentiment d'inquiétude.
- Voyons ! Il n'a pas survécu là-bas pendant 8 jours pour mourir après nous avoir appelé. Ne soyez pas inquiète caporal. Lui lança Kubayashi avec un sourire légèrement crispé.
- Vous avez raison, c'est idiot...
- Ne doutez pas de notre général et de sa capacité à surmonter les obstacles.
- Jamais je ne me permettrais de penser cela ! Grinça-t-elle. Je respecte notre général autant que vous mon lieutenant, j'ai juste plus de raisons de m'inquiéter de son sort que vous, sans vous offenser.
- Pourquoi cela caporal ? Interrogea l'officier impérial en fronçant les sourcils.
Noriko se mordit les lèvres et se gifla intérieurement pour avoir été aussi directe.
- Je...parce que je travaillais avec lui chaque jour, et qu'à force on s'habitue à la personne. S'empressa-t-elle de répondre en espérant que cela suffise.
- Je vois...répondit simplement Kubayashi
- Mon lieutenant ! Caporal ! Lança le pilote du transporteur. Nous arriverons d'ici quelques minutes.
- Merci soldat !
Kubayashi coiffa sa casquette et lissa sa fine moustache, tandis que de son côté comme à son habitude, Noriko se recoiffait.
Rage faisait les cents pas dans la pièce, la gorge ravagée par une quinte de toux. Toutes les cinq secondes il jetait un oeil sur le radar pour voir la progression du transport.
- Aller...plus vite. Putain...grognait-il
Il se sentit frappé en plein visage par ses souvenirs, il n'avait pas repensé à l'un des pires moments qu'il avait vécu dans ce conflit et voilà que les images s'amusaient à lui revenir en tête...
La fumée se dissipait autour de lui, mais on entendait clairement le bruit des combats, quelques étages plus haut dans le centre technique. Ses yeux affolés cherchaient celle qui était à côté de lui quelques secondes plus tôt; il finirent par la voir, coincée sous une poutrelle de nano-acier.
- Sarah ! Hurla-t-il en se précipitant vers elle.
Il enjamba les cadavres alliés et impériaux au sol et tomba à genoux devant la jeune femme. Un filet de sang s'écoulait de sa bouche et le rouge vif tranchait avec la blancheur de sa peau. Elle le regardait sans un mot, ses grands yeux tristes dévisageant l'homme qu'elle aimait.
Rage empoigna la poutrelle et tenta de la faire basculer sur le côté pour dégager son épouse, qui ne cessait de le regarder.
- Arrête...gémit-elle avec un sourire. Ca ne sert à rien, sinon à te fatiguer.
- Il faut que je te libère d'ici ! Lança le général qui avait soudain perdu toute forme d'autorité.
- Tu le feras...si nous remportons la victoire. D'ici là, garde tes forces.
- Mais...
- Tu sais très bien que la guerre s'arrête ici pour moi.
- Non, après tout ce que nous avons fait depuis notre temps dans l'Union, tu ne peux pas t'en aller comme ça !
- Je vais mourir sur le champ de bataille Lex, on savait que ça finirait comme ça un jour, et j'aurais déjà dû mourir il y a longtemps...
Un hoquet interrompit sa phrase. Elle grimaça sous les yeux humides d'un général qui ne savait plus que faire. Elle planta une nouvelle fois ses yeux dans les siens.
- Tu dois continuer...L'Empire a besoin de toi.
- Mais moi j'ai besoin de toi...Qui sera à mes côtés ?
Sarah s'illumina d'un sourire angélique et poussa un petit rire étouffé avant de grimacer à nouveau.
- Demande à Noriko...Lex, je l'ai su...Je travaillais dans l'espionnage, je pouvais tout savoir. Il faut qu'elle t'aide à continuer.
- Je...bafouilla Rage. Je t'aime tant..
- Je sais. Et c'est pour ça que tu dois continuer. Ne me laisse pas mourir en vain...
Ses yeux s'ouvrirent en grand mais son regard devient vide. Son souffle s'accéléra et un nouveau hoquet lui fit cracher du sang.
- Lex, je t'aime...murmura-t-elle
Sa tête bascula en arrière lourdement, frappant le sol. Lex restait pétrifié, prostré devant le corps sans vie. Il la regarda longuement, espérant revoir se soulever sa poitrine, mais il savait que désormais elle ne resterait plus à côté de lui.
Des bruits de pas retentirent derrière lui, on venait. Il posa son regard sur le sabre que Sarah avait lâché, posé au sol et s'en saisit tout en serrant fortement son pistolet dans l'autre main.
Il se leva, les yeux rouges de tristesse et de fureur, prêt à ouvrir le feu...
- Général ! Lança Noriko avec enthousiasme en entrant dans la pièce en ruine, suivie de près par Kubayashi et leur escorte.
- Mon général, mes respects. Enchaîna le lieutenant impérial.
Rage leva les yeux vers eux et commença, avec difficulté:
- Vous êtes en retard...
Noriko et Kubayashi prirent la remarque en souriant.
- Pardonnez-nous mon général, reprit le lieutenant en retirant sa casquette. Cela a été difficile de se frayer un chemin jusqu'ici. Mais maintenant nous devrions partir le plus vite possible.
- Vous avez raison...acquiesça Rage en hochant tristement la tête.
- Partons pour Tokyo immédiatement, mon général.
- Passez devant lieutenant, j'ai quelque chose à terminer ici.
- Bien monsieur.
Kubayashi claqua les talons et sorti de la pièce suivit par les guerriers impériaux. Noriko s'apprêtait à leur emboîter le pas.
- Attends...lui fit le général
Noriko stoppa net, comprenant au ton de la voix quelle devait être attentive. Elle se retourna et fixa un homme affaibli qui la regardait, les yeux lourds.
- Sarah est morte, Noriko...Je n'ai rien pu faire. Elle a été emportée...emportée vers le fond lorsqu'une des structures s'est effondrée.
Il contint une crise de larme. Ne pas pleurer, c'est une règle ! Noriko le fixait avec peine et s'approcha. Il lui tomba littéralement dans les bras.
- Elle est morte pour une cause en laquelle elle croyait, Lex. Il te faut honorer son nom et sa mémoire désormais, ou ce sacrifice aura été inutile.
- Je sais...
- Chaque jour que je vis, je rend hommage à ceux qui ont donné leur vie pour l'Empereur et notre Nation...
Noriko lui parla de nombreuses minutes. Sa voix légère tintait dans ses oreilles comme une clochette délicate lui indiquant la voix à suivre. Il sentit un sentiment de colère lui dévorer le coeur et la tête. Il se redressa, se libérant doucement de l'étreinte de celle qui l'aimait et la fixa. Elle souriait, un sourire forcé dans ces circonstances.
- Tu as raison...
Son regard se fit noir et violent, à tel point que la jeune femme fronça les sourcils, surprise.
- L'Empire n'est pas tombé ! Reprit-il. L'humiliation subit ne servira qu'à renforcer notre volonté...
Noriko souriait maintenant avec éclat et bonheur.
- Nos ennemis verront que nous sommes toujours là ! Rentrons à Tokyo ! Là je veillerais à ce que le lieutenant Kubayashi et toi-même soyez récompensés et promus !
Il serra le poing avec détermination.
- Sept fois à terre ! Huit fois debout ! Tonna-t-il avec hargne
Noriko s'inclina avec respect, et baissa les yeux.
- C'est un honneur, monsieur, de mener une nouvelle fois le combat sous vos ordres !